Pour vous donner envie d'écrire

Brut de fonderie #1

Coach littéraire et animatrice d'atelier d'écriture, les écrits d'ateliers sont toujours très émouvants pour moi. C'est la première émergence d'un texte. Le premier jet, la première pierre d'un chemin d'écriture. Parfois, la pierre est déjà polie, brillante. Parfois, elle est encore dans sa gangue, mais on sent déjà, à l'intérieur, un monde qui s'agite. Elle est bien là, l'envie d'écrire. A travers les lignes, je revois la scène, la posture du participant. Les échos du texte, les phrases échangées. Les silences aussi.

Ces écrits sont difficiles à classer. Par année ? Par lieu d'atelier d'écriture ? Par thème ? J'avais envie de prendre plutôt le parti-pris d'une revue littéraire et de sélectionner des textes différents, dans leur forme, leur tonalité, leur aboutissement pour donner à voir la diversité de ce qui peut être produit en atelier d'écriture ou dans le cadre d'un coaching littéraire. Et vous donner envie d'écrire à votre tour !

 

Des textes pour vous donner envie d'écrire

 

Franchir

Les digitales pourpres s'élancent vers le ciel. Le ciel, je le prends en plein visage, au travers des quatre angles d'une ouverture métallique.
Je recueille la lumière comme je boirais, assoiffée, à une rivière débordante.
Ramper vers l'espace bleu. Franchir le pont entre l'ocre humide de la grotte et la verdure palpitante du dehors. Mon casque heurte les murs de roche dans le peu de marge qui les sépare de ma tête.
J'étais curieuse des silences souterrains, maintenant je veux entendre le bruissement désordonné de la vie.
Je sors, je m'assois, je respire.

 

Un texte écrit par Camille, à l'occasion de l'atelier Capsules de liberté.

 (Atelier d'écriture à domicile, chez un particulier)

 

 

Automne


Cette année, j'ai installé la forêt dans mon jardin. Ça lui va bien à mon jardin, surtout la nuit. Les ombres s'emmêlent sous la lune éclatante, mes pieds font craquer les premières feuilles encore feutrées. Oh non, ça ne leur nuit pas, il suffit de les revoir au-dessus de nos têtes six mois plus tard pour mieux le croire.

 

Un texte écrit par Timothée, à l'occasion de l'atelier Les Saisons.

(Atelier d'écriture régulier à Lyon - PLVPB)

Le poireau et la carotte

 

Poireau : « Pourquoi tes cheveux sont-ils oranges ?
Carotte :  Parce que je ne divulgue pas mes sentiments.
P : Ah bon ? Je ne te savais pas aussi réservée.
C : Et moi, je te croyais plus observateur...
P : Que veux-tu dire, mon amour ?
C : Que c'est mon corps qui est orange patate, pas mes cheveux !
P : Oh, ça va, pas la peine de me traiter de patate, sois polie si tu n’es pas jolie, inutile de monter sur tes grands chevaux, tout le monde peut se tromper !!!
C : Mais, oui, bien sur… À propos de cheveux, quand es-tu allé chez le coiffeur pour la dernière fois ?
P : Je ne m'en souviens plus, pourquoi cette question ?
C : parce que j'ai comme l'idée que tu ne ressembles à rien avec tes poils au sommet de ta tête, ça n'arrête pas de pousser, comme du crin !
P : Décidément, c'est ma fête aujourd'hui ! Tu as la haine ou quoi ? Pour quelqu'un qui ne divulgue pas ses émotions, pardon…
C : Tiens, voilà le jardinier qui arrive avec sa pelle. Si tu veux mon avis, il n'est pas venu ici pour faire un bouquet de pensée si tu vois ce que je veux dire…
P : Ça tombe pile poil, je vais lui dire comment tu me parles et crois-moi, ça fera pas un pli.
C : Que veux-tu dire ?
P : Je sais qu'il en pince pour toi, il va donc t'inviter à la cuisine, te laver, te poncer, te couper, te passer à la poêle avec tes amies les patates.
C : Et toi, tu ne viens pas ? N'as tu pas envie de percer les secrets de la cuisine ?
P : Moi ? Surement pas, je me fais porter pâle ! »

 

Un texte écrit par Christophe, à l'occasion d'une des séance du cycle d'atelier Personnages.

(Atelier d'écriture régulier à Lyon - PLVPB)

Peinture réalisée par Christophe.
Peinture réalisée par Christophe.

Rouge

 

Elle avait toujours été plus rouge qu’elle ne l’aurait souhaité.
Le rouge était sans conteste sa couleur dominante.
Rouge de honte, par exemple. Elle marchait toujours en baissant la tête, comme accablée par un poids trop lourd à porter. Elle avait honte de tout. De son corps misérable, qu’elle traînait comme un boulet ; de ses parents, attachants mais vulgaires ; de ses copines, sympas mais un peu idiotes.
Rouge de colère aussi. Contre son bronzage caramel, résultat de journées entières allongées au soleil, et qui pourtant ne suffisait pas à dissimuler l’acné dévastatrice qui lui dévorait le visage et le dos. Aucune crème miraculeuse, aucun régime sans lactose n’avait permis d’améliorer le désastre cutané qui lui servait d’épiderme. Sa peau lui semblait plus dure que la moyenne, comme si elle voulait à tout prix dissimuler l’intérieur de ce corps disgracieux.
Ce jour-là, son allure nonchalante la ramenait lentement de la plage. Elle avait beau se hâter, sa démarche n’en devenait que plus pachydermique, la condamnant à l’éternelle dernière position, derrière ses amies sveltes et élancées, aussi lumineuses et douces qu’elle était éteinte et rugueuse. Une vraie lanterne rouge.
Elle n’était pourtant pas vraiment ronde. Plutôt ovale. Plus ovale que la moyenne. Son postérieur démesuré était la cause de cette bizarrerie géométrique. Il donnait l’impression qu’en pressant l’une de ses fesses, un jus graisseux en jaillirait aussitôt, dégoulinant sur ses jambes fatiguées. Au pays des bâtons et des courbes gracieuses, elle était un ovale un peu mou et bosselé.
Un ovale qui rentrait de la plage, la serviette éponge aux motifs d’écrevisses écarlates négligemment jeté sur son épaule étroite, traînant par terre dans un sillon éphémère sur le sable brûlant. Elle portait aux pieds d’abominables claquettes de plage en plastique, couleur framboise écrasée, qui lui sciaient la peau des pieds. Sa mère en avait acheté un lot de 4 paires aux couleurs criardes, pour équiper toute la famille.
Même sa gorge nue laissait apparaître un aplat rouge, témoin d’un tube d’écran solaire oublié au fond du sac de plage. Il descendait jusqu’à son maigre décolleté, lui qui ne contenait même pas de quoi remplir la main d’un honnête homme. Loin des rondeurs érotiques, des poitrines pulpeuses, son soutien-gorge criait famine, tentant de soutenir tant bien que mal le peu de chair qui remplissait son bonnet.
Elle se sentait la quintessence de l’imperfection. Une imperfection rouge cramoisi.

 

Un texte écrit par Aurélie, à l'occasion de l'atelier Portrait.

(Atelier d'écriture régulier à Lyon - PLVPB)

Une voix

 

Cette voix, tremblante, attristée mais vivante et chaude en même temps de surcroît ; quel drôle d'arrangement. Une voix sur le fil du rasoir, qui s'exprimait peu mais qui en disait long. Étouffée par le chagrin, nouée par la douleur mais tendre et attentionnée, toujours, tout le temps. Saccadée et entrecoupée de sanglots ravalés, par pudeur, mais le mot pour toucher, pour marquer, pour se souvenir et ne pas s'oublier. C'est une voix de gare, une voix de départ, une voix d'au revoir. Une séparation, un éloignement, proche et définitif, une voix de déchirement. Mais toujours un message. A mes questions pressantes « Nous reverrons nous un jour ? », la même réponse, triste mais sereine, « Si Dieu le veut ou comme on dit chez nous, Inch Allah... »

 

Un texte écrit par Quentin, à l'occasion de l'atelier Les Voix.

(Atelier d'écriture régulier à Lyon - PLVPB)

Dans mon arche

 

Le grand jour est enfin arrivé, juste un dernier regard sur le contenu du sac à dos étalé sur le canapé. Un simple concentré de vie, dépouillé d'accessoires inutiles ou encombrants. Un stylo en bois fait main, orné de dorures, souvenir d'un marché provençal. Dans mon portefeuille, quelques photos des moments heureux, photos de jeunesse jaunies par le temps, une fleur séchée offerte par mon mari. Un carnet de route en croûte de cuir vieilli, témoin de moments privilégiés, d'instants fugaces que l'on craint d'oublier. Quelques crayons pour illustrer sommairement ces souvenirs. Surtout ne pas oublier le carnet d'adresses : les anciens adorent recevoir des cartes postales. Un petit dictionnaire de traduction, important pour les échanges. Même réduits à quelques mots, ils sont toujours appréciés. Envelopper avec soin les petits morceaux de cire rose, ils aideront a estomper les bruits de la grande ville. Une pince à cheveux en imitation écaille limitera les dégâts causés par la poussière et le vent. Ma vieille gourde rouge cabossée par les ans. Presque un talisman. Je ferme mon sac avec émotion, je fais taire mes craintes, j'ai horreur de l'avion, mais l'envie de découvrir de nouveaux espaces gagne le combat.

Enfin Istanbul et le sol ferme, le taxi nous dépose en pleine nuit dans le centre historique, il ne trouve pas l'adresse de notre hôtel. Il est désolé, nous aussi. Nous errons pendant deux heures, les rues sont désertes, la fatigue et l'inquiétude se font sentir. Pourtant, quel moment exceptionnel de pouvoir respirer l'odeur du jasmin en fleurs au clair de lune, de deviner la splendeur des jardins publics ornés d'essences exotiques. Enfin, l’hôtel est trouvé, escamoté dans un recoin de ruelle. Confort minimum mais accueil chaleureux. Notre hôte est un peu surpris, ses clients habituels sont de jeunes routards et des étudiants.

La nuit fût courte, de joyeux cris rires d'enfants, se mêlant aux jappements, miaulements stridents, nous extirpent de notre inconfortable literie. Encore ensommeillés, nous parcourons avec nonchalance les ruelles menant au Grand Bazar. L'air tiède enrichi de fumets d'agneaux rôtis, cannelle et fleur d'oranger enchantent nos sens. Une nuée de tourterelles s'ébattent autour d'un bassin de marbre blanc. Plus que quelques pas et nous franchissons l'immense porte sculptée. L'allée des parfums et cosmétiques s'offre à nous : flacons multicolores, senteurs vanillées, musc, ambre et bois de rose. On se prend d'un coup à rêver de grands espaces, de champs de blés piquetés coquelicots. Mais ceci est une autre histoire.

 


Un texte écrit par Danielle, à l'occasion de l'atelier Dans mon arche.

(Atelier d'écriture régulier à Lyon - PLVPB)

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